Les autorités togolaises ont apporté mercredi leur lecture officielle des troubles survenus fin juin. Quatre membres du gouvernement se sont relayés pour dénoncer un projet de déstabilisation de l’État. C’étaient Hodabalo Awaté (Administration territoriale), Calixte Madjoulba (Sécurité), Pacôme Adjourouvi (Droits de l’Homme) et Isaac Tchiakpé (Enseignement technique).
Selon le ministre Awaté, les manifestations spontanées qui ont agité le pays du 26 au 28 juin ne relèveraient ni d’un simple mouvement citoyen ni d’une expression démocratique, mais d’« un projet concerté d’insurrection et de déstabilisation », qualifié par le gouvernement de « terrorisme intérieur ».
Des vidéos montrant des appels à la révolte, à la violence contre les forces de l’ordre et à l’élimination de personnes ciblées ont été exhibées, illustrant selon les ministres la volonté de certains groupes de semer le chaos, voire de provoquer une guerre civile.
Surveillance numérique et cadre légal renforcé
L’exécutif met en cause des activistes, certains basés à l’étranger, accusés d’instrumentaliser les frustrations sociales par le biais des réseaux sociaux. « Il ne s’agit pas ici de réclamations sociales classiques, mais de discours de haine, de violences préméditées et de tentatives de destruction de l’ordre républicain », a estimé Isaac Tchiakpé.
Le gouvernement prévoit ainsi de renforcer la régulation des réseaux sociaux, accusés d’être des vecteurs de radicalisation. Le ministre de la Sécurité, Calixte Madjoulba, a déclaré que des dispositions légales existent déjà pour encadrer leur usage, tout en annonçant une vigilance accrue. « Nous avons l’obligation de protéger les jeunes générations », a-t-il affirmé.
En réponse à des accusations faisant état de violences policières et de l’apparition de milices dans certaines rues de Lomé, les autorités ont promis l’ouverture d’enquêtes impartiales.
Chasse aux auteurs du projet de déstabilisation
Le gouvernement promet des suites judiciaires sévères. Des mandats d’arrêt internationaux ont été lancés, et des arrestations se poursuivront, ont insisté les ministres.
« Dans aucun pays au monde, on ne peut appeler au meurtre sans en répondre », a martelé le ministre Madjoulba, en écho aux propos du ministre Adjourouvi, qui a rappelé que les droits humains ne sauraient justifier l’impunité pour des actes d’incitation à la haine ou à la violence.
Le climat politique reste tendu, à quelques jours des élections municipales prévues le 17 juillet. Le gouvernement assure néanmoins que tout est mis en œuvre pour un scrutin apaisé, malgré les appels au boycott et les critiques sur la transparence du processus électoral.
« Il n’y aura pas de faveur pour quiconque tentera de troubler l’ordre public. Force reste à la loi », a prévenu le ministre Awaté.
Si le gouvernement insiste sur la gravité des événements, de nombreuses voix au sein de la société civile et de la diaspora contestent la version officielle, dénonçant des arrestations arbitraires, l’usage excessif de la force et une criminalisation des expressions de mécontentement.
Sur le fond, la conférence de presse illustre une ligne dure assumée par Lomé face aux critiques internes et internationales. Dans un contexte régional instable, le pouvoir togolais entend renforcer son autorité, quitte à réduire les marges de contestation au nom de la stabilité nationale. Une stabilité dont la définition, comme souvent, reste sujette à interprétation.
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