Biométrie

Aamron : ‘J’avais admis et accepté d’être un Martyr’

Didier ASSOGBA
4 Min Read
Aamron

Un mois jour pour jour après son interpellation musclée et son internement controversé à l’hôpital psychiatrique de Zébé, l’artiste engagé Aamron livre sa première déclaration publique. Dans un message aux accents mystiques et politiques, il s’adresse à ses compatriotes et revendique le rôle de “martyr conscient” pour la dignité du peuple togolais.

C’est un texte dense, brûlant et empreint de lyrisme qu’a publié vendredi 27 juin 2025 le chanteur Aamron – de son vrai nom Tchalla Essowe Narcisse – un mois après son interpellation à son domicile, dans la nuit du 26 mai, par une cinquantaine de gendarmes. Longtemps muré dans le silence, l’artiste togolais réapparaît avec un discours teinté de spiritualité, de militantisme radical et d’appel à l’unité.

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« En m’engageant sur la voie qui m’a menée où je suis aujourd’hui, j’avais admis et accepté d’être un martyr », écrit celui qui se décrit comme « un agneau sacrificiel » pour la cause togolaise. Il revient ainsi sur son internement à Zébé, qualifié d’“admission psychiatrique” pour une supposée “défaillance mentale”. Un épisode qu’il interprète comme un moment de bascule, où sa vie, selon ses mots, ne lui appartenait plus.

Un message d’espoir post-traumatique

Loin de toute victimisation simple, Aamron transforme sa détention en un acte assumé de don de soi : « J’avais décidé d’offrir ma vie en sacrifice tout en espérant que ma chute ou ma disparition puisse permettre à tout un peuple de retrouver sa dignité, son honneur. »

Dans un ton quasi biblique, il convoque la figure du martyr, du prophète incompris, et insiste sur le “choc émotionnel” que sa mise à l’écart aurait provoqué dans la conscience collective. « Le peuple était dans le coma », accuse-t-il, appelant à une “réanimation de la grande conscience nationale”.

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Il salue par ailleurs la mobilisation populaire et internationale qui a suivi son arrestation. Selon lui, ce sont les Togolais eux-mêmes, dans leur « volonté inflexible », qui l’ont “rappelé à la vie”. Une manière de rendre hommage aux mouvements sociaux, aux voix de la diaspora et aux campagnes numériques ayant dénoncé ce qu’ils considèrent comme une tentative d’intimidation politique.

Appel d’Aamron à l’unité au-delà des fractures

À rebours d’un discours de vengeance ou de rupture, Aamron surprend en prônant l’unité. Unité entre militaires et civils, entre manifestants et exécutants des ordres. « Que nous soyons militaires qui obéissons à des ordres ou peuple qui revendiquons nos droits légitimes (…) nous sommes tous des Togolais », écrit-il.

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Un appel qui tranche avec les tensions politiques croissantes à Lomé, exacerbées ces dernières semaines par une série de manifestations interdites et réprimées, sur fond de dénonciation de la gouvernance actuelle.

En quelques mois, Aamron est passé du statut d’artiste engagé à celui de symbole de résistance. Dans une société où la parole politique est verrouillée et où la contestation est de moins en moins tolérée, son positionnement pourrait cristalliser une nouvelle forme de mobilisation, enracinée dans les milieux culturels, numériques et jeunes.

Le texte d’Aamron trace une direction : celle d’un engagement sans concession pour la justice sociale, la dignité humaine et l’éveil démocratique du Togo.

« Vainquons ou mourrons, mais dans la dignité », conclut-il reprenant ainsi une portion évocateur de l’hymne national du pays.

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