Biométrie

Alassane Ouattara brigue un 4e mandat à 83 ans

Didier ASSOGBA
5 Min Read
Alassane Ouattara, président de la Côte d'ivoire

Alassane Ouattara a officialisé mardi 29 juillet sa candidature à l’élection présidentielle d’octobre prochain, mettant fin à des mois de spéculations. Il relance un débat politique tendu sur la légitimité, la transition et la stabilité en Côte d’Ivoire. À 83 ans, le président sortant, au pouvoir depuis 2011, brigue un quatrième mandat, s’appuyant sur une Constitution amendée — une disposition qui continue de diviser juristes, opposants et citoyens.

« Je suis candidat, parce que je veux que notre chère Côte d’Ivoire continue de demeurer un pays prospère, en paix et en sécurité », a déclaré Ouattara.

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« Je suis candidat parce que la Constitution de notre pays m’autorise à faire un autre mandat et ma santé le permet. Je suis candidat parce que notre pays fait face à des défis sécuritaires, économiques et monétaires sans précédent, dont la gestion exige de l’expérience. », a-t-il appuyé.

Un message clair, direct, presque programmatique. Celui d’un homme qui, après plus de quatorze années à la tête du pays, entend incarner la continuité dans un contexte régional marqué par l’instabilité au Sahel, les coups d’État au Mali, au Burkina Faso et au Niger, et la montée des discours anti-occidentaux. Pour ses partisans, Alassane Ouattara reste le garant d’une stabilité économique et politique rare dans la sous-région. Pendant son mandat, la Côte d’Ivoire a connu une croissance moyenne de 6 à 7 % par an, attiré des investissements étrangers massifs et modernisé ses infrastructures. Le PIB a doublé depuis 2012.

Mais cette annonce, loin de calmer les tensions, ravive les angoisses d’une partie de l’opposition et de la société civile, qui dénoncent une « normalisation de la présidence à vie » et un déni de renouvellement politique. En 2020, la candidature d’Ouattara à un troisième mandat avait déjà provoqué une crise majeure, avec des manifestations réprimées dans le sang, plus de 80 morts selon l’ONU, et un boycott de l’élection par une large partie de l’opposition.

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Alassane Ouattara, une présidence à vie ?

L’annonce n’a surpris personne. Depuis fin juin, le Rassemblement des houphouëtistes pour la démocratie et la paix (RHDP), le parti présidentiel, avait désigné Ouattara comme son candidat « par acclamation », en son absence, lors d’un congrès à Yamoussoukro. L’occasion pour ses proches de vanter un bilan économique impressionnant et de le présenter comme le seul rempart contre le chaos. « Notre champion du développement ivoirien », a lancé un député du RHDP, sous les applaudissements d’une salle soigneusement orchestrée.

Pourtant, la scène politique ivoirienne est loin d’être unanime. L’opposition, fragmentée mais active, s’organise déjà autour de plusieurs figures. Parmi les plus en vue on cite Simone Ehivet Gbagbo, ancienne première dame, qui a promis une campagne « sans haine mais sans concession ». Pascal Affi N’Guessan, ancien Premier ministre et ex-allié de Laurent Gbagbo, entend aussi se lancer, malgré un passé électoral mitigé. Quant à Jean-Louis Billon, député et ancien ministre, il incarne une alternative libérale, soutenue par une partie de la bourgeoisie économique d’Abidjan.

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Mais deux absences pèsent lourdement sur ce scrutin : celles de Laurent Gbagbo et de Tidjane Thiam. L’ancien président, revenu en 2021 après dix ans d’exil et de procédure à la Cour pénale internationale, n’est pas inscrit sur la liste électorale. Idem pour Tidjane Thiam, ancien patron du Crédit Suisse et nouveau président du PDCI (le parti historique fondé par Félix Houphouët-Boigny). Pour Gbagbo et Thiam, ces exclusions sont le fruit d’un « coup de force politique » orchestré par le pouvoir.

Le dépôt des candidatures pour l’élection présidentielle, ouvert depuis le 26 juillet, s’achèvera fin août. Le premier tour est prévu le 25 octobre.

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