Biométrie

Cameroun : Paul Biya brigue un 8e mandat et relance le débat sur la longévité au pouvoir

Didier ASSOGBA
5 Min Read
Paul Biya, président du Cameroun

À trois mois de la présidentielle prévue le 12 octobre prochain, Paul Biya, au pouvoir depuis plus de 42 ans, a officiellement annoncé sa candidature à un huitième mandat. Dans une déclaration sobre, mais lourdement symbolique, le président camerounais de 92 ans a mis fin à des semaines de spéculations et d’agitations au sein de son propre camp, en affirmant vouloir « continuer à servir » face à des « défis croissants ».

L’annonce, diffusée dans les médias d’État, survient dans un climat politique tendu. Les divisions internes au Rassemblement démocratique du peuple camerounais (RDPC) n’étaient plus un secret : alors que Ferdinand Ngoh Ngoh, secrétaire général de la présidence et figure influente de l’entourage du président, affirmait depuis plusieurs semaines que Biya était prêt pour une nouvelle candidature, René Emmanuel Sadi, ministre de la Communication et porte-parole du gouvernement, avait tempéré les ardeurs en laissant planer le doute sur une décision encore « en maturation ».

- Advertisement -

Paul Biya et l’unité nationale

Dans son message, Paul Biya évoque sa volonté de poursuivre sa mission avec « lucidité » et « engagement », tout en soulignant l’importance de l’unité nationale. Sans surprise, le chef de l’État réactive les piliers traditionnels de son discours : sécurité, stabilité, développement, tout en promettant que la jeunesse et les femmes seront « au cœur » de ses priorités pour ce nouveau quinquennat. Une rhétorique déjà entendue, mais que Biya veut visiblement inscrire dans la continuité face à un « environnement international de plus en plus contraignant ».

L’annonce survient dans un contexte de fragilité perceptible du pouvoir. Le report du sommet conjoint CEEAC-CEMAC, initialement prévu en juin à Yaoundé, avait alimenté les interrogations sur l’état de santé du président. Depuis plusieurs mois, l’invisibilité du chef de l’État lors d’événements majeurs, conjuguée à une rareté de ses interventions publiques, avait renforcé l’idée d’un passage de témoin en préparation.

Une longévité record, une démocratie en veille

Avec cette candidature, Paul Biya consolide sa place parmi les derniers dirigeants politiques africains issus du 20e siècle. Arrivé au pouvoir en novembre 1982 après la démission d’Ahmadou Ahidjo, il aura été à la tête du Cameroun pendant près de la moitié de son histoire post-indépendance. Une longévité qui fait écho à d’autres figures historiques du continent comme feu Robert Mugabe ou encore le Congolais Denis Sassou-Nguesso, toujours en exercice.

- Advertisement -

Mais cette constance est aussi synonyme de blocage démocratique, aux yeux d’une partie de la population. L’opposition, bien que fragmentée, ne cesse de dénoncer une érosion des libertés publiques, une instrumentalisation des institutions électorales et une gouvernance hyper-centralisée. Des ONG locales et internationales évoquent, de leur côté, des atteintes aux droits humains, particulièrement dans les régions anglophones du Nord-Ouest et du Sud-Ouest, en proie à une insurrection armée depuis 2017.

Une élection à haut risque pour l’image du régime

L’entrée en lice officielle du président Biya pourrait bien redistribuer les cartes dans une opposition qui peine à incarner une véritable alternative. Des figures comme Maurice Kamto, principal adversaire lors de la présidentielle de 2018, ou Cabral Libii, chef de file du PCRN, vont devoir ajuster leur stratégie face à un candidat dont la présence garantit à la fois la continuité de l’appareil d’État… et le verrouillage du processus électoral.

- Advertisement -

Le climat préélectoral s’annonce tendu, d’autant que l’on attend dans les jours à venir la convocation officielle du corps électoral. D’ici là, les observateurs nationaux et internationaux auront les yeux rivés sur l’évolution des alliances, la liberté d’expression dans les médias et sur les réseaux sociaux, et surtout sur l’état de santé d’un président nonagénaire, plus que jamais au centre du jeu politique camerounais.

Car une chose est désormais certaine : la campagne électorale est bel et bien lancée, et Paul Biya, contre vents et marées, est décidé à rester maître du tempo.

Cliquez-ici pour nous rejoindre sur notre chaîne WhatsApp

Share This Article