Biométrie

CEDEAO : Relocalisation de 3 institutions après le départ du Burkina, du Mali et du Niger

Didier ASSOGBA
5 Min Read

Réunie à Abuja le 22 juin dernier pour son 67ᵉ sommet ordinaire, la Communauté économique des États de l’Afrique de l’Ouest (CEDEAO) a franchi une étape décisive dans sa réorganisation institutionnelle. Les chefs d’État et de gouvernement ont entériné le transfert de plusieurs structures jusque-là hébergés au Burkina Faso, au Mali et au Niger, désormais membres de la Confédération des États du Sahel (AES).

L’organisation ouest-africaine a confirmé la relocalisation de trois institutions spécialisées, autrefois réparties entre Ouagadougou et Bamako. En jeu : la continuité des missions régionales, mais aussi l’affirmation d’un nouveau centre de gravité communautaire, à l’heure où l’AES se structure comme une alternative à l’architecture régionale classique.

- Advertisement -

Ainsi, le Centre de développement de la Jeunesse et des Sports (EYSDC) quitte Ouagadougou pour Monrovia. Implanté depuis des années dans le quartier de la Patte d’Oie, ce centre coordonnait les programmes régionaux dédiés à la jeunesse, à l’engagement civique et aux politiques sportives.

L’autre site stratégique concerné reste le Centre de gestion des ressources en eau (WRMC). Egalement basé à Ouagadougou, il est désormais transféré en Guinée. Situé à la Maison de la Cédéao dans le quartier huppé de Ouaga 2000, ce centre jouait un rôle crucial dans la mise en œuvre de politiques d’adaptation climatique et de gestion durable des ressources hydriques.

Enfin, le Centre régional de santé animale (CRSA), jusque-là implanté à Bamako, déménage en Guinée-Bissau. Opérant depuis le parc de Sotuba, ce centre contribuait à la prévention des épidémies d’origine animale et à la sécurité sanitaire dans l’espace communautaire.

- Advertisement -

Quant à l’avenir du siège de l’Organisation ouest-africaine de la santé (OOAS), autrefois basé au Burkina Faso, la Cédéao a renvoyé la décision à une prochaine session, preuve que certains ajustements restent encore sensibles.

Un tournant institutionnel pour la CEDEAO

Ces relocalisations reflètent les profondes mutations de l’architecture régionale ouest-africaine depuis l’émergence de l’AES. Face à ce basculement, la Cédéao réaffirme sa capacité à préserver son efficacité opérationnelle, tout en assurant une transition maîtrisée de ses actifs logistiques et humains.

- Advertisement -

« C’est une mesure d’adaptation mais aussi un signal de résilience », analyse un diplomate ouest-africain. La priorité reste la continuité de l’action communautaire, dans un contexte marqué par les tensions géopolitiques, les urgences sécuritaires et les défis économiques.

Dans son discours de clôture, le président sortant de la CEDEAO, Bola Tinubu a adressé un message d’apaisement aux pays de l’AES. « Nos portes leur restent ouvertes pour l’unité, la solidarité et la vision commune de l’avenir », a-t-il déclaré, avant de transmettre le flambeau à Julius Maada Bio, président de la Sierra Leone, désormais à la tête de l’organisation pour un an.

Sur le plan diplomatique, les efforts de médiation se poursuivent. Le Sénégal et le Ghana pilotent actuellement des canaux discrets de dialogue, pendant que la rencontre du 22 mai à Bamako, entre la Commission de la Cédéao et les chefs de la diplomatie de l’AES, laisse entrevoir une amorce de discussion, malgré le fossé politique.

Ce sommet du cinquantenaire, symbole fort pour l’organisation fondée en 1975, a aussi permis de faire le point sur des chantiers urgents. A savoir, la lutte contre le terrorisme, la relance économique post-Covid et post-crise sécuritaire, mais aussi l’opérationnalisation de la Force en attente. Tinubu a, sur ce point, exprimé son inquiétude quant à la lenteur des engagements pris par certains États.

Dans un contexte régional en recomposition, la Cédéao entend faire de cette nouvelle phase un relan institutionnel, en misant sur une gouvernance modernisée, un ancrage plus inclusif, et un retour à ses fondamentaux que sont la solidarité régionale, la stabilité politique et l’intégration économique.

Cliquez-ici pour nous rejoindre sur notre chaîne WhatsApp

TAGGED:
Share This Article