Biométrie

Hugues Comlan Sossoukpè : RSF condamne la complicité manifeste du pouvoir de Ouattara

Didier ASSOGBA
5 Min Read
Hugues Comlan Sossoukpè

Le cas du journaliste béninois Hugues Comlan Sossoukpè provoque un tollé international. Réfugié politique au Togo depuis 2021, il a été arrêté à Abidjan, où il était officiellement invité à couvrir un forum régional, puis expulsé dans la nuit vers le Bénin dans des conditions dignes d’un roman d’espionnage. Reporters sans frontières (RSF) a dénoncé une “violation manifeste du droit international” et exige des comptes aux autorités ivoiriennes.

Ce qui devait être une mission professionnelle s’est transformé en traquenard. Invité par le ministère ivoirien de la Transition numérique, le directeur du site d’investigation ‘Olofofo’ s’était installé le 8 juillet à l’hôtel Palm Beach d’Abidjan, propriété du Fonds de prévoyance militaire de Côte d’Ivoire.

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Aucun respect du statut de Hugues Comlan Sossoukpè

Il commençait à couvrir l’Ivoire Tech Forum lorsque, le 10 juillet au soir, des policiers ivoiriens frappent à sa porte. Prétextant une convocation devant un juge, ils le conduisent en réalité directement au salon d’honneur de l’aéroport Félix Houphouët-Boigny, où l’attend un avion privé spécialement affrété.

Pourtant, son statut de réfugié politique, accordé par le Togo en 2021, figure noir sur blanc sur son passeport, document que RSF affirme avoir pu consulter. Selon l’article 33 de la Convention de Genève de 1951, aucun réfugié ne peut être refoulé vers un pays où sa vie ou sa liberté est menacée. Cette protection, qui aurait dû être automatique, n’a pas empêché l’expulsion du journaliste.

À bord d’un Beechcraft 1900D, Hugues Comlan Sossoukpè est escorté par des policiers jusqu’à Cotonou, où il atterrit à 22 heures. Dès son arrivée, il est placé en garde à vue, puis présenté à un juge de la Cour de répression des infractions économiques et du terrorisme (CRIET). Trois charges sont retenues contre lui : “harcèlement par voie électronique”, “rébellion” et “apologie du terrorisme”. Il est désormais incarcéré à la prison de Ouidah, au sud du Bénin.

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Silence ivoirien, justification béninoise floue

Alors que les autorités béninoises restent évasives, le porte-parole du gouvernement, Wilfried Léandre Houngbedji, a simplement déclaré que le journaliste “répondra de ses actes devant la justice”. De leur côté, les autorités ivoiriennes gardent le silence. Sollicité à plusieurs reprises par RSF, le ministre de la Communication Amadou Coulibaly n’a pas donné suite.

“Nous exigeons des explications”, martèle RSF, par la voix d’Arnaud Froger, responsable du bureau investigation de l’organisation. “Ce transfert s’est fait avec la complicité manifeste de la Côte d’Ivoire, en totale violation des engagements internationaux de protection des réfugiés. Ce n’est rien de moins qu’un cas de refoulement illégal orchestré entre deux États.”, a-t-il pesté.

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Hugues Comlan n’en est pas à son premier accrochage avec les autorités béninoises. Fondateur de Olofofo, site d’enquêtes critiques fermé par décret en mars dernier, Sossoukpè vivait en exil au Togo depuis 2019, après avoir dénoncé les violences électorales et les atteintes aux libertés. Il avait obtenu son statut de réfugié en novembre 2021.

Ces derniers mois, il avait confié à RSF recevoir des menaces régulières, y compris sur le territoire togolais. Son arrestation relance les inquiétudes concernant les coopérations transfrontalières utilisées à des fins de répression, dans une région où plusieurs journalistes, activistes et cybermilitants sont sous pression.

Pour RSF, ce cas illustre une dérive dangereuse dans la région. “Livrer un réfugié politique à son pays d’origine constitue un précédent inacceptable. Nous demandons sa libération immédiate et des garanties contre ce type de pratiques à l’avenir”, insiste Arnaud Froger.

Alors que les organisations de défense des droits humains montent au créneau, le silence des autorités ivoiriennes devient de plus en plus pesant.

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