Au Togo, les semaines qui ont suivi le 15 juin 2025 ont été marquées par une série de perturbations significatives de l’accès à Internet, sur fond de tensions sociales et politiques. Dans un rapport détaillé rendu public ce 4 juillet, l’organisation Internet Society Togo apporte un éclairage technique inédit sur ces interruptions numériques, survenues entre le 15 juin et le 3 juillet. Elle appelle à une gouvernance plus transparente de l’Internet dans le pays.
La chronologie des perturbations correspond à une période particulièrement tendue. Le 26 juin, des manifestations d’ampleur ont éclaté à Lomé, portées par une jeunesse mobilisée via TikTok et d’autres réseaux sociaux. Parmi eux, des artistes et des membres influents de la diaspora ont joué un rôle clé dans la mobilisation. Les événements ont été émaillés de violences, d’arrestations, et selon certaines organisations de la société civile, de pertes en vies humaines.
Alors que s’ouvrait la campagne pour les prochaines élections, les autorités togolaises n’ont émis aucune communication officielle pour expliquer les coupures ou ralentissements de service. Dans ce climat de méfiance, Internet Society Togo, en collaboration avec plusieurs plateformes de mesure indépendantes, a entrepris une observation technique rigoureuse de l’état du réseau.
Mesures, données et constats techniques
Le rapport s’appuie sur une méthodologie multisource, croisant les données issues de OONI Probe, du Google Transparency Report, de Cloudflare Radar et d’IODA (Internet Outage Detection and Analysis). À cela s’ajoutent des témoignages d’usagers, de professionnels et d’acteurs techniques locaux.
Parmi les plateformes les plus touchées : TikTok, Facebook, YouTube, mais aussi WhatsApp, avec une accessibilité très réduite, voire inexistante selon les plages horaires.
Le rapport évite toute accusation directe, préférant objectiver les faits pour « contribuer à une meilleure gouvernance du numérique, fondée sur la transparence et la résilience. »
Les conséquences documentées sont multiples. On parle d’un affaiblissement de la liberté d’accès à l’information, en pleine actualité politique. Il y eu des interruptions massives de communication, tant privées que professionnelles. Sans oublier un frein important à la couverture médiatique nationale et internationale des manifestations. A cela s’ajoutent des pertes économiques, notamment pour les acteurs du e-commerce, les freelances, les travailleurs numériques et les PME. Mais aussi et surtout une défiance accrue envers les autorités publiques et les fournisseurs d’accès à Internet (FAI).
Dix recommandations pour un Internet résilient
Dans un esprit de dialogue et d’anticipation, Internet Society Togo formule dix recommandations concrètes. Parmi elles : la création d’un observatoire multipartite sur la connectivité nationale; l’adoption d’un cadre légal clair encadrant toute interruption d’Internet ; le déploiement d’outils de mesure (RIPE Atlas, IODA, OONI) dans l’ensemble du pays; le soutien aux réseaux communautaires, aux IXP (points d’échange Internet) et à l’hébergement local; ou encore une formation renforcée des jeunes et des institutions aux enjeux de souveraineté numérique.
En conclusion, le rapport pointe une fragilité structurelle du réseau togolais, particulièrement visible en période de tension politique. Pour Internet Society Togo, le Togo doit désormais envisager l’Internet non comme un levier de contrôle, mais comme une infrastructure publique essentielle, garante des droits fondamentaux et catalyseur de développement économique et social.
« Le Togo a les ressources humaines, techniques et diplomatiques pour tracer un chemin de résilience numérique. Ce rapport veut en être une pierre. » conclut l’organisation.
Dans un monde interconnecté, l’Internet ne peut être réduit à un outil conjoncturel. Il est un droit transversal, un service vital, et un espace démocratique qu’il convient de protéger — même, et surtout, en temps de crise.
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