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Togo : 2 Églises lancent un appel suite aux manifestations sociopolitiques

Didier ASSOGBA
5 Min Read

Dans un pays marqué par des manifestations sociopolitiques, une voix s’élève, calme, ferme, spirituelle. L’Église Méthodiste du Togo (EMT) et l’Église Évangélique Luthérienne du Togo (EELT) ont publié conjointement un message pastoral puissant, adressé à leurs fidèles, à la diaspora togolaise et à tous les citoyens « épris de paix et de justice ». Un appel en forme de cri du cœur, en pleine tourmente politique, économique et sociale.

Dans un texte sobre mais percutant, les deux dénominations expriment leur « profonde inquiétude » face à la montée des tensions dans le pays, à l’effritement du vivre-ensemble et à l’exaspération d’une population meurtrie par des années de mépris, de précarité et de répression.

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« Le temps est venu d’un sursaut collectif », lancent-elles, citant le prophète Ésaïe : « Apprenez à faire le bien, recherchez la justice, protégez l’opprimé, faites droit à l’orphelin, défendez la veuve. »

Une société en crise, rongée par les inégalités

Les Églises dressent un constat sans concession. La pandémie de Covid-19, loin d’être oubliée, continue d’aggraver les inégalités, frappant de plein fouet les plus vulnérables. À cela s’ajoute une flambée des prix des produits de première nécessité, un appauvrissement généralisé, et une élite économique ostentatoire, perçue comme déconnectée des réalités du peuple.

« Cette fracture sociale, alimentée par le mépris et l’impunité, mine le tissu même de la nation », affirment les responsables religieux.

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La corruption, dénoncée comme un « fléau moral et institutionnel », est pointée du doigt comme un des principaux facteurs de désintégration du lien social. Elle n’est pas seulement un vol d’argent public, mais une trahison de la confiance, une violence silencieuse qui pousse les jeunes vers la marginalisation, voire la radicalisation.

La jeunesse, entre désespoir et réseaux souterrains

Les Églises s’alarment de l’émergence de jeunes désespérés, exclus du système, s’organisant en réseaux informels et difficiles à encadrer. Dans un climat de peur et d’incertitude, ces jeunes, privés d’avenir, deviennent des proies faciles pour des logiques de violence. « Ce n’est pas de la délinquance, c’est un cri de détresse », souligne le message, qui appelle à ne pas criminaliser la jeunesse, mais à lui offrir des perspectives.

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Les Églises expriment également une profonde compassion pour les familles endeuillées par les pertes en vies humaines lors des récentes manifestations sociopolitiques. Elles rappellent la sacralité de toute vie humaine et condamnent sans équivoque la violence d’État, tout comme la violence populaire. « La violence nous enlève notre humanité », affirment-elles, dans un plaidoyer pour la non-violence et la désescalade.

Face aux manifestations sociopolitiques…

Au-delà de la dénonciation, le message propose des pistes concrètes. Les Églises appellent à maîtriser les prix des produits de base par des mesures d’urgence ; relancer un développement équilibré du territoire pour corriger les disparités régionales ; lutter résolument contre l’impunité et la corruption ; et surtout, adopter des gestes de clémence, notamment la libération des détenus politiques, au nom de la réconciliation nationale.

Malgré la gravité du constat, le message se veut porteur d’espérance. Les Églises affirment leur foi dans la capacité des Togolais à surmonter les épreuves, grâce à leur intelligence collective, leur courage et leur attachement aux valeurs spirituelles. Elles concluent par une citation du Révérend John Wesley : « Le meilleur de tout, c’est que Dieu est avec nous. »

Cet appel s’inscrit dans la longue tradition prophétique des Églises en Afrique, qui, depuis les luttes contre les dictatures, n’ont pas hésité à s’ériger en contre-pouvoir moral. Au Togo, où la religion joue un rôle central dans la vie publique, la parole des Églises pèse. Elle ne se substitue pas à la politique, mais elle l’interpelle. Elle ne milite pas pour un camp, mais pour la dignité de tous.

Avant l’Eglise méthodiste du Togo (EMT) et l’Eglise Evangélique Luthérienne du Togo (EELT), l’Église Évangélique Presbytérienne du Togo (EEPT), la plus ancienne Église protestante du pays avait lancé un appel similaire le 11 juillet dernier. Elle avait appelé au respect de la vie humaine, à la libération des détenus politiques et à une réconciliation nationale profonde.

Cet appel des 2 églises est un souffle de liberté. Il rappelle que la paix ne se décrète pas. Elle se construit, jour après jour, dans la justice, la vérité et le pardon.

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