Biométrie

Togo : le gouvernement accusé de ‘faire taire une douleur collective’

Didier ASSOGBA
5 Min Read

Le Togo est encore sous le choc des violences liées aux dernières manifestations sociopolitiques. Dans ce contexte, un collectif d’organisations de la société civile a dénoncé le refus d’autoriser une marche citoyenne pacifique en hommage aux victimes décédées dans des circonstances tragiques. Dans une lettre ouverte au ministre de l’administration territoriale, les signataires accusent le gouvernement de bafouer le droit de mémoire et de pratiquer un « deux poids, deux mesures » inacceptable.

Initialement organisée par Novation Internationale et soutenue par une vingtaine d’ONG, dont Togo Debout, REJADD, Femmes Pyramide ou encore Tournons la Page Togo, cette marche citoyenne devait partir de Bè-Kodjindji pour rejoindre Lavista Park, en passant par la lagune de Bè. Un itinéraire symbolique, choisi pour rassembler les Togolais dans un moment de recueillement collectif. Mais le ministère de l’administration territoriale a opposé un refus catégorique, invoquant le contexte électoral.

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Un prétexte électoral pour étouffer la douleur ?

Dans deux courriers successifs (n°1124 du 10 juillet et n°1162 du 23 juillet), le justifie son interdiction en rappelant que « le processus électoral est toujours en cours », notamment en raison de la phase de contentieux électoral ouverte après la proclamation des résultats provisoires des municipales du 17 juillet par la CENI.

Pour les organisations de la société civile signataires, cet argument ne tient pas. « La campagne est-elle encore en cours ? Les caravanes, les meetings, les porte-à-porte sont-ils encore autorisés ? » s’interrogent-elles. Et d’ajouter : « Si la campagne est terminée, pourquoi interdire un hommage pacifique, alors que d’autres rassemblements festifs sont tolérés, voire soutenus par l’État ? »

Le document met en lumière un contraste frappant : alors que des festivités publiques sont organisées dans certaines régions avec le soutien de l’appareil d’État, une simple marche citoyenne de deuil se voit refuser l’autorisation.

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« Ce “deux poids, deux mesures” est non seulement injuste, il est indécent », affirment les signataires, qui y voient une stratégie délibérée pour étouffer la douleur collective.

Le gouvernement accusé

Le premier courrier du ministère indiquait que l’itinéraire proposé « était susceptible d’entraîner une collision avec des activités de campagne ». Or, la campagne était officiellement close depuis le 17 juillet. Le second courrier, daté du 23 juillet, change de justification : cette fois, le trajet « traverse des lieux stratégiques à fortes activités économiques », et ne pourrait donc être utilisé « dans les conditions actuelles ».

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Face à ces justifications changeantes, les ONG dénoncent un acharnement administratif. « Chaque nouveau courrier fait état d’un nouveau grief. Comme si l’objectif n’était plus d’assurer l’ordre public, mais de trouver à tout prix un prétexte pour bloquer une activité légitime. »

« Dans tous les pays où la dignité humaine est respectée, il est de devoir d’honorer la mémoire des morts », affirment les signataires. Et de souligner : « Ce sont des droits, dévolus à des citoyens vivant dans une République. Aucune administration ne décide de quand les citoyens peuvent s’émouvoir. »

En interdisant cette marche citoyenne, c’est l’article 11 de la Constitution togolaise – qui proclame l’égalité en dignité et en droit – et l’article 30 – qui garantit la liberté de manifestation – que l’État bafoue, selon les organisations de la société civile. « Vous imprimez une insécurité administrative sur notre nation. Vous démontrez clairement que plus aucun espace de liberté ne sera disponible au Togo. »

La lettre ouverte des organisations de la société civile dénonce le silence imposé : « Ce silence qu’on nous impose n’est pas neutre : il est politique. » En refusant aux familles le droit de pleurer leurs morts, en empêchant la nation de se recueillir, le pouvoir ne fait pas que gérer un risque sécuritaire : il nie une souffrance réelle, efface une mémoire, et sabote toute perspective de réconciliation.

« À quoi sert-il de parler de réconciliation, si même les morts ne peuvent reposer en paix accompagnés de leurs frères et sœurs en citoyenneté ? » lit-on dans le document des organisations de la société civile.

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