Biométrie

Togo : le secteur de la santé éclaboussé par un scandale financier

Louis KAMAKO
5 Min Read

Un vaste réseau de détournements de fonds publics, opérant dans le secteur de la santé, vient d’être mis au jour au CHR Kara-Tomdè, l’un des hôpitaux contractualisés du pays. Au cœur de l’affaire, un agent comptable aurait détourné plus de 100 millions de francs CFA sur le budget 2024 de l’établissement. Une fraude qui remet en question l’efficacité de la contractualisation des hôpitaux publics, réforme censée garantir une meilleure gestion des ressources publiques.

Un détournement révélé grâce aux syndicats

Les premières informations sur ce scandale financier circulaient comme une rumeur avant que le Syndicat national des praticiens hospitaliers du Togo (Synphot) ne les confirme. Dr Gilbert Tsolenyanu, secrétaire général du Synphot, a tiré la sonnette d’alarme lors d’une intervention sur Radio Victoire.

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« Voilà un centre de santé de notre pays, où un agent comptable a été coupable d’une malversation financière à hauteur de plus de 100 millions. Ça s’est déjà produit il y a quelques années dans un autre centre, où un comptable avait détourné près de 80 millions de francs. », a-t-il affirmé

Selon les révélations du Synphot, le montant total de la fraude avoisinerait 150 millions de francs CFA, si l’on inclut des dépenses effectuées sans mandat et d’autres irrégularités comptables.

« Comment est-il possible qu’en une seule année, un comptable puisse maquiller jusqu’à 100 millions ? Et comment peut-il engager des dépenses sans mandat à hauteur de 50 millions supplémentaires ? C’est inacceptable ! », s’indigne Dr Tsolenyanu.

L’enquête a révélé l’existence d’un vaste réseau de faussaires, opérant au sein dans le secteur de la santé. Ce réseau s’appuierait sur des factures falsifiées, des dépenses fictives et des relevés bancaires truqués.

Un revers pour la réforme de la contractualisation des hôpitaux

La découverte de ce scandale jette une ombre sur la contractualisation des hôpitaux publics, réforme lancée par le gouvernement sous l’impulsion de l’ancien ministre de la Santé, Moustapha Midjiyawa. L’objectif de cette réforme était d’améliorer la gouvernance hospitalière en mettant en place un système de gestion semi-autonome.

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Mais cette fraude massive pose la question de l’efficacité réelle de la contractualisation. Le gouvernement avait récemment annoncé un audit de ce modèle de gestion hospitalière. Le Synphot réclame désormais la publication immédiate des conclusions de cette évaluation, menée avec le soutien de l’OMS.

« Il faut auditer l’organe de gestion qu’on appelle OIGH, dirigé par un certain Michel. Il est temps de faire la lumière sur ce qui se passe dans nos hôpitaux », exige Dr Tsolenyanu.

Les hôpitaux togolais, un secteur lucratif ?

Ce scandale financier révèle une réalité troublante : contrairement aux idées reçues, les hôpitaux publics génèrent des revenus. Le Synphot affirme que les recettes hospitalières sont bien réelles et devraient être redistribuées aux agents de santé sous forme de ristournes en fin d’année, conformément aux textes en vigueur.

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Or, dans plusieurs établissements, les directions d’hôpitaux maquilleraient les comptes pour s’accaparer ces fonds. Même les subventions destinées aux soins des plus démunis seraient détournées, selon Dr Tsolenyanu.

Face à ces révélations, le Synphot demande une transparence totale sur la gestion financière des centres de santé et exige le paiement immédiat des ristournes dues aux agents hospitaliers avant la fin du mois de février.

Le spectre d’un malaise social dans le secteur de la santé

Ce nouveau scandale financier pourrait raviver les tensions sociales au sein du personnel médical, déjà en proie à des conditions de travail précaires et à des retards de paiement. Les contractuels retraités attendent toujours le versement de leurs pensions, bloquées par l’administration.

L’affaire du CHR Kara-Tomdè est loin d’être un cas isolé. Elle illustre les défaillances structurelles du système hospitalier togolais et le manque de mécanismes de contrôle rigoureux.

Si le gouvernement ne prend pas des mesures fermes, la confiance des citoyens dans les services publics de santé risque d’être durablement ébranlée. La question est désormais posée : jusqu’où s’étendent ces pratiques frauduleuses et qui en sont les véritables bénéficiaires ?

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